Poème (dans Jean Darbot et Pierre Favet) : Ombres de Troyes
Si l'on savait combien de mots
Combien de paroles perdues,
Grossiers jurons et phrases crues
Sont partis loin, au gré des flots !
Rythmés par le bruit du battoir
Sans arrêt, et depuis toujours
Mots sans pudeur et mots d'amour
Ont résonné au vieux lavoir... !
Vieilles femmes ou bien jeunes filles
Chaque jour les voyait en groupe,
Les doigts engourdis, les bras morts,
Le dos brisé par tant d'efforts,
Mais il fallait gagner sa soupe !
Quand viendra l'heure décisive
Je crois qu'ainsi qu'il est promis,
Elles iront au Paradis
Tout droit, sans emporter la lessive !
Ont chanté là leurs vies moroses ;
Le parfum n'était pas de roses
Mais de savon et de guenilles !
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